L'édito par André Garnier

Mon frère n’est pas toujours celui qu’on croit

 

Je marche d’un bon pas vers la salle de préparation des vols (PPV). Comme d’habitude, j’ai récité ma dizaine depuis le parking, comme d’habitude j’ai été distrait par les collègues que j’ai croisés, la météo, les décollages… Dans l’aérogare, je slalome entre les passagers parfois un peu perdus et les personnels parfois un peu nonchalants. J’approche avec plaisir de la chapelle où je fais escale juste avant d’attaquer cette journée. C’est un vrai havre de paix au milieu de la fourmilière, un endroit où ma prière résonne vraiment.

Sauf que ce jour-là… Aïe.

La chapelle est souvent déserte, parfois il s’y trouve un passager en prière. Assez régulièrement, surtout le matin de bonne heure, on y trouve un ou deux sans domicile fixe qui profitent des bancs pour faire leur nuit, accompagnés d’un chariot chargé d’affaires improbables et d’une odeur… disons forte.

Là, nous sommes en pleine journée, mais je distingue un pèlerin dont le profil… m’inspire directement un délit de faciès. Je sais, c’est mal, mais je ne suis qu’un pauvre pêcheur ! C’est curieux, il n’est pas accompagné d’un chariot, mais d’un déambulateur… Et nonobstant l’appel au calme affiché à l’entrée, je l’entends deviser à haute voix : la prière ne va pas être facile. Tant pis, j’y vais quand même.

À genoux sur mon coin de banc, évidemment, j’ai la plus grande peine du monde à me concentrer : finalement, l’impétrant s’exprime bien, il n’a pas abusé des substances dont l’usage pose problème, et je ne peux pas ne pas écouter. Il est juste en train de faire le point avec le Bon Dieu sur ses misères. Qu’on en juge : il a eu un accident de voiture qui l’a laissé avec des séquelles (d’où le déambulateur), il a perdu son travail et n’arrive pas à en retrouver, ne touche pas les minima sociaux qui lui éviteraient de dormir à l’aéroport, et sa compagne l’a quitté avec sa fille. Et pourtant, converti à l’Evangile, il avait en son temps prié et loué Dieu. Alors ? Et le plus fort, c’est que la prise à témoin est certes musclée (avec un petit accent des banlieues…), mais que l’on ne franchit pas la limite de la mise à l’épreuve, genre, « Toi qui est Dieu, Tu peux bien faire ça pour moi ». Non, on reste dans l’incompréhension, et une certaine confiance.

Et là, surgie tout à coup dans un coin du cerveau, une évidence : lui, là, le paria, le galérien, c’est mon frère dans le Christ, et il est en train d’écrire un psaume du 21ème siècle. Son histoire est peut être un peu moins manichéenne que celle qu’il raconte à son Seigneur, n’empêche que Satan lui a glissé une belle peau de banane, que je pourrais être à sa place et faire preuve de moins de dignité.

Comme le devoir m’appelle et que je n’arrive décidément pas à caser un Notre Père qui tienne la route, que je ne vais faire en rajouter dans le voyeurisme, je laisse mon frère dans son tête-à-tête. Certes, j’ai aussi quelques misères à faire valoir (celles que l’on partage avec toute l’humanité quel que soit notre niveau de vie), mais aujourd’hui, je m’efface. J’ai presque honte : mon Dieu, lui, il a vraiment besoin de Toi.

C’était il y deux mois, et j’y repense régulièrement. Mon frère n’est pas toujours celui qu’on croit.

André Garnier, Président.            

Au Calendrier Liturgique

18 février : Mercredi des Cendres

Mercredi des cendres

Le mercredi des Cendres marque l’entrée dans le temps de préparation spirituelle à la grande fête de Pâque : le Carême.

La cendre appliquée sur notre front nous rappelle la pauvreté, la fragilité, la faiblesse de notre condition humaine et la nécessité de notre conversion dans l’humilité.

La croix qui y est tracée nous invite à la pénitence et à l’espérance en la miséricorde de Dieu.

Les cendres utilisées proviennent des rameaux bénis l’année précédente lors du dimanche des Rameaux pour signifier la vanité des honneurs terrestres.

Dans l’Ancien Testament, l’homme déchirait ses vêtements et se recouvrait de cendre pour signifier qu’il reconnaissait publiquement ses fautes devant Dieu, qu’il en demandait pardon et en faisait ainsi pénitence.

L’ancienne formule rituelle : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière », qui mettait surtout l’accent sur l’indigence de nos forces humaines, a été remplacée, après le Concile, par une phrase qui invite davantage à un élan du cœur à la suite de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », bonne nouvelle qu’il s’agit d’accueillir et et laisser s’épanouir dans nos cœurs.

Le jeune et l’aumône librement consentis et offerts, et discrètement pratiqués, ainsi qu’une prière plus fréquente et plus intime viennent nourrir notre démarche spirituelle de conversion.

L’évangile du jour nous invite à l’humilité en fuyant contentement et ostentation et à rechercher Dieu dans le secret de notre cœur :

01 « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

02 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.

03 Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,

04 afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

05 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.

06 Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra…

16 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.

17 Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;

18 ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. – Mt 6, 1-6, 16-18.

En union de prière les uns pour les autres, belle montée vers Pâques.

 

 

Une Minute avec Marie!

La petite Vierge de Nazareth a une place exceptionnelle dans le plan de salut de Dieu : son destin unique dans l'histoire de l'humanité est annoncé depuis les origines et son œuvre se poursuit jusqu'à la fin des temps.

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