Le billet du président

Voilà, c’est fait : sur la sollicitation de deux éminents représentants du sanctuaire, l’assemblée générale de Notre-Dame des Ailes a validé l’idée de placer notre association sous la protection de la Vierge Noire de Rocamadour, sainte patronne des marins et des pêcheurs, et devenue au fil de développements récents sainte patronne des navigateurs.

Manquions-nous donc des Saints Patrons dans l’aéronautique ? Notre-Dame de Lorette et Saint Joseph de Cupertino veillaient déjà sur nous…

Notre-Dame de Lorette : selon la légende, la maison où l’ange Gabriel apporta l’annonce à Marie, où vécut la Sainte Famille et où Jésus a grandi et fut éduqué, fut soustraite aux Turcs à la fin du 13eme siècle par une troupe d’anges. Ceux-ci, après quelques tâtonnements, déposèrent la construction à son emplacement actuel, autour duquel un sanctuaire fut érigé. Cette translation par la voie des airs ouvrait bien évidemment le chemin au décret de Benoît XV qui fit de Notre-Dame de Lorette la sainte patronne des aviateurs en 1920.

Je retiens qu’évidemment, bien des esprits rationnels se sont émus de cette histoire fort étrange – et cependant, l’archéologie atteste que cette maison présente quand même toutes les caractéristiques de l’originale, jusqu’au mortier qui assemble les pierres…

Saint Joseph de Cupertino (1) : je me demande parfois si le choix de ce saint pour les aviateurs ne relève pas du canular ou, du moins, d’une bonne mise en garde de l’Eglise vis-à-vis des aviateurs ! Car enfin, voici un saint qui fut un parangon d’humilité : rejeté par sa mère, par les institutions à la porte desquelles il frappait, d’un niveau intellectuel notoirement très faible ; et pourtant choisi par Dieu pour vivre des extases mystiques qui l’ont amené à s’élever dans les airs à de nombreuses reprises, attestées par des témoignages, et qui lui ont valu une popularité extrêmement suspecte dans l’Eglise.

Belle figure ! Car enfin, dans l’aéronautique en général et les aviateurs en particulier, on trouve quand même beaucoup d’individus assez contents d’eux, tant il est vrai que le chemin pour y arriver n’est pas toujours facile, mais le résultat tellement exaltant pour l’intéressé et fascinant pour les foules. Il est vrai aussi qu’il fallait bien être un peu cinglé pour faire voler, qui un ballon, qui un planeur, qui un parachute, qui un tas de ferraille fumant et rugissant. Quelles limites à cette folie ?

Saint Joseph a peut-être inspiré ce retour en grâce de l’humilité dans l’aéronautique, en particulier chez les pilotes. On a vu en particulier chez Air France, à l’analyse de quelques déboires, débarquer le merveilleux concept de KISS : « keep it simple, stupid” (faut-il une traduction ?) ! On a affûté les concepts de gestion de ressource équipage, qui impliquent notamment une totale maîtrise des egos démesurés et un esprit de service certain.

Bel exemple de ténacité aussi chez Saint Joseph, dans son désir de rallier une communauté et servir au plus près son Seigneur. Et j’en croise, des navigants (enfin… surtout des pilotes), qui se sont jetés dans l’aventure sans grands moyens, les yeux rivés sur l’étoile, pour réaliser leur rêve, et ont « bouffé de la vache enragée » !

Je ne peux résister au plaisir de relayer au passage quelques paroles de sagesse de Saint Joseph de Cupertino (du site de la conférence des évêques de France) :

« Les hommes manquent. Dieu ne manque jamais. »

« Je suis content partout, car je trouve Dieu partout. »

« Ce n’est pas en paradis que se fabriquent les saints. C’est sur terre. »

Tellement limpide !

Et maintenant, la Vierge noire de Rocamadour ! Pourquoi la Vierge noire de Rocamadour ? Parce qu’elle est entre autres la patronne des marins et des pêcheurs – oui, oui, même si Rocamadour est notoirement loin de la mer, on lui attribue de nombreux miracles en mer. Des marins et des pêcheurs, il n’y a pas loin pour élargir aux « navigateurs », et donc… à l’aéronautique ! Et voilà comment l’association fut démarchée.

J’ai fait jadis un tout petit peu de bateau à mes moments perdus, mais je n’ai jamais raffolé de la haute mer. En cas de panne (à moteur) ou de « pétole » (à voile : absence de vent), on commence à mesurer l’hostilité du milieu, loin de la salvatrice terre ferme. Ce n’est pas pour rien que les marins, jadis, ne ressentaient pas toujours le besoin d’apprendre à nager : quitte à passer par dessus bord, autant s’épargner d’inutiles souffrances avant l’inéluctable noyade (ou la mort par hypothermie) ! Un peu comme les premiers aviateurs avant la généralisation du parachute…

Dans les armées, j’ai bien senti la « logique de milieu » qui séparait les trois armées (bien exacerbée par les contraintes budgétaires…), façonnées par des épopées et des traditions parfois séculaires. La taquinerie et la méfiance étaient de règle, la bienveillance l’exception… Dommage !

Il faut quand même rendre aux marins qu’ils n’ont pas été en reste quant à s’intéresser aux choses de l’air : la Marine a très vite compris l’intérêt des dirigeables, des hydravions, et de l’aviation embarquée quand elle a été possible. Un aviateur de la marine est-il d’abord un marin ou un aviateur ? Il cumule en tout cas, lui, d’évoluer dans deux milieux hostiles !

Bon, alors, que faisons-nous d’une patronne des navigateurs ?

Eh bien, nous avons au moins en commun avec les marins, comme nous l’avons vu plus haut, d’évoluer dans un milieu hostile. Lorsque nous larguons les amarres ou lâchons les freins, nous commençons à courir des risques – certes de plus en plus maitrisés, mais… Concevoir froidement que ce que nous sommes en train de faire, faire voguer un bateau ou voler un avion, ressortit un peu au miracle, que nous sommes à la merci d’une fortune de mer ou d’un événement aérien ; se rendre compte aussi que cette aventure a quelque chose d’un peu inouï, qu’elle nous ouvre des horizons que ne contempleront peut-être jamais les communs des mortels ; tout cela devrait nous inspirer crainte, respect et amour : s’en remettre en toute confiance entre les mains du Créateur et rendre gloire pour son œuvre. Et bien sûr, qui mieux que Marie a largué les amarres avec autant de confiance, pour un objectif aussi magnifique (bien que voilé d’un très grand mystère), semé d’autant d’embûches et pour un résultat aussi édifiant qu’avec son « Fiat » ?

Oui, on doit pouvoir partager avec nos frères marins pareille protection. Notre-Dame des Ailes, Notre-Dame de Lorette et Saint-Joseph de Cupertino ne sauraient être jaloux !

(1) je m’inspire d’un article du Diocèse aux armées https://dioceseauxarmees.fr/saint-du-jour/18/09/saint-joseph-de-cupertino/ très détaillé. On n’en attendait pas tant en français sur un saint italien !